Roland Champenier (Chemin 1.502 G)                                   champen

5 mars 1924 – 14 novembre 1944 Article écrit par Dominique Papillon pour le bulletin municipal de 2001.

Dans le bassin de Beffes, durant la deuxième guerre mondiale, un lourd tribut a été payé par les familles de la région. Pour Marseilles-lès-Aubigny, lorsque l’on relate cette période, c’est la famille Champenier qui vient en premier à l’esprit. C’est pourquoi j’ai choisi cette année, de vous présenter la vie de Roland Champenier. Après la première guerre mondiale, les grands-parents de Roland quittent Saint-Amand-Montrond pour venir s’installer à Marseilles-lès-Aubigny où ils ouvrent un commerce (sur l’actuel Quai Auguste Mahaut). Ils le rendent prospère par la diversité et la qualité des services qu’ils proposent : épicerie, fourrage pour les bêtes, mais aussi une brasserie, une limonaderie … Par la suite, la succession des grands-parents (François et Léonie) est assurée par Louis et Marguerite, les parents de Roland. La famille Champenier est alors connue et estimée de tous. Roland naît le 5 mars 1924 dans la maison familiale. Durant son enfance, Roland est un garçon à la santé fragile mais néanmoins sportif. Après l’école primaire, il part à l’âge de 13 ans à l’école technique de Vierzon où il passe un CAP qu’il obtient avec succès. Il rêve alors de devenir aviateur. En juin 1940, il est obligé de revenir chez ses parents pour des vacances quelque peu forcées, dues aux événements nationaux. A cette époque, Roland est encore un jeune citoyen comme tous les autres. La France est coupée en deux par la ligne de démarcation, qui scinde le pays en deux zones : la zone libre et la zone occupée. Cette « frontière », fortement gardée, se trouve à quelques dizaines de kilomètres de Marseilles-lès-Aubigny. Les ponts de la Loire sont eux aussi gardés par des postes allemands. L’ancien camp du génie militaire de Garchizy a été transformé en camp de prisonniers par l’occupant. C’est à cette période, alors qu’il passe son temps libre à pêcher sur les îles de la Loire, que Roland va commencer son action contre l’occupant en aidant les prisonniers à « passer en zone libre » avec l’aide (en particulier) des mariniers que ses parents connaissent bien. Il met ainsi en place un véritable réseau d’évasion. En 1941, à l’âge de 17 ans, muni de son CAP, il entre à la SNCAC de Fourchambault. Il est chargé par Georges Carroué (l’interrégional) d’organiser des « groupes de trois ». Il est repéré pour les actions de sabotage qu’il mène. Il doit quitter son emploi. Il entre alors à l’usine de La Guerche qui fabrique des pièces de chars pour l’Allemagne. Suite aux répressions effectuées dans l’usine avant son arrivée, il réorganise le comité populaire de celle-ci. Il est suspecté de nouveau et quitte l’entreprise. Il se voit confier par Marcel Cherrier, la responsabilité des jeunesses communistes du Cher. Le 20 septembre 1942, (pour célébrer l’anniversaire de Valmy), une distribution massive de tracts est effectuée. A Marseilles-lès-Aubigny, un drapeau tricolore est hissé en haut de la flèche d’une grue. Dès lors, l’entrée de Roland Champenier dans l’histoire de la Résistance va prendre toute son ampleur. L’année 1943 est marquée par de nombreuses actions menées par Roland et ses camarades. C’est après avoir fait évader Georges Roger, tombé dans les mains des gendarmes français et escorté à la gare de Nérondes le vendredi 15 mai 1943, que Roland entre définitivement dans la clandestinité. A cette époque, les îles de la Loire (entre Cher et Nièvre) sont pour Roland et ses camarades des lieux décisifs pour la formation des maquis. Elles sont les points de départ pour les sabotages des voies ferrées et des lignes électriques, destinés à enrayer le fonctionnement de la machine de guerre allemande. Le 3 juin 1943, Roland et ses camarades prennent possession de 1,5 tonne d’armes provenant d’un parachutage. Le 12 juillet 1943, après avoir essayé en vain de déboulonner les rails de chemin de fer sous le tunnel de Tendron, Roland et huit de ses hommes décident d’attaquer le train de permissionnaires allemands. L’action est une réussite et les pertes ennemies sont élevées. Deux jours après, les Allemands (environ 2000) sillonnent le pays sans résultats par manque de renseignements. Une seule personne, Daniel François, tombe sous leurs balles en essayant de leur échapper sur les bords de l’Aubois, près du moulin où son père était farinier. Malgré les interdictions, 4000 personnes suivent le cortège sur 8 kms jusqu’à Torteron où Daniel François est enterré. Le 5 novembre 1943, Roland et ses hommes délivrent sept de leurs camarades, admis à l’hôpital de Nevers, après avoir été affreusement torturés par le S.R.M.A.N., la police de « répression des menées antinationales ». En février-mars, Roland fait sauter le pont-canal de Marseilles-lès-Aubigny alors qu’il avait reçu l’ordre de faire sauter celui du Guétin, mais il avait jugé que c’était un ouvrage d’art et qu’il serait difficile de le reconstruire. Le but de cette démarche est d’empêcher les bateaux d’emmener le ciment pour le mur de l’Atlantique. Dès 1944, Roland est plus fréquemment dans la Nièvre où il prend le commandement des maquis. C’est pendant la bataille de Donzy, le 1er juillet 1944 que Roland met en avant ses qualités de stratège en donnant aux allemands une sacrée « raclée ». Il perdra ce jour-là, son père Louis Champenier tombé sous les balles de l’ennemi ainsi qu’un jeune de Marseilles-lès-Aubigny, Pedro Llave. Le 20 août 1944, Roland apprend qu’un convoi allemand doit quitter Jouet-sur-l’Aubois et passer par Marseilles-lès-Aubigny. Avec ses camarades, il tend une embuscade au pont du Poids de Fer et attaque les trois camions, deux s’enfuient mais un tombe dans le fossé. Après quelques heures de combat, des renforts du maquis de Feux arrivent. Les Allemands se rendent mais comptent quatre morts. Par précaution et par peur des représailles, après avoir effacé les traces des combats, Roland demande à la population de Marseilles-lès-Aubigny de quitter le village pour la nuit. Par la suite, le 9 septembre 1944, Roland entre en libérateur à la tête de ses troupes, dans la ville de Nevers libérée. Le 9 novembre 1944, à côté de Belfort près de Champagne, Roland est grièvement blessé par les éclats d’un obus et est transporté à l’hôpital militaire de Lure où il décède de ses blessures, le 14 novembre 1944, trois jours après sa grand-mère, déportée au camp de concentration de Ravensbrück. Quel plus bel exemple de patriotisme et d’engagement que celui de la famille Champenier qui, au prix de la vie, a su défendre ses idéaux envers l’occupant. La grand-mère Léonie décédée à Ravensbrück, Louis le père tué à la bataille de Donzy. Maurice, le jeune frère de Roland, qui lui servait d’agent de liaison et interné à l’âge de 13 ans successivement à Bourges, Orléans puis Compiègne. Et le décès de Roland lui-même sur le front d’Alsace. C’est aux générations présentes et futures de conserver et d’honorer la mémoire de toutes ces personnes qui ont donné leur vie pour la LIBERTE. A Maurice, Dominique Papillon Je tiens à remercier Jeanine Champenier, Léon et Mado Wasik pour les supports qu’ils m’ont fournis pour vous présenter l’histoire de la vie (si courte) de Roland Champenier.

Print Friendly, PDF & Email