Simon Jougneau : un exceptionnel sabotier d’art.

Article écrit par Dominique Papillon et Laurence Bernus pour le bulletin municipal de 2002.

Monsieur Jougneau est né le 19 avril 1887 à Givardon, dans le Cher.Simon Jougneau dans son atelier

Etant l’aîné des garçons d’une famille de 13 enfants, c’est avec son père, ouvrier de premier ordre, qu’il apprend les bases du métier de sabotier.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce dernier n’a jamais transmis ses secrets de fabrication à ses fils, tous sabotiers. Voulait-il tout simplement laisser libre cours à leur imagination et à leur créativité, ainsi qu’à leur sens artistique ?

En ce qui concerne Simon, il se prend en charge lui-même en accomplissant son propre Tour de France, en ne s’éloignant pas trop de sa région natale : 4 ans à Fourchambault, 4 ans à Aubigny (Marseilles) et 5 ans à Cours les Barres. Pendant ces treize années, il acquiert des connaissances qui lui permettent de mettre en avant son ingéniosité, son habileté et son talent époustouflants et dépassant quelquefois ses maîtres de stages.

Au terme de cet apprentissage, il ouvre son échoppe en 1916, à Marseilles-lès-Aubigny. La première guerre mondiale éclate et l’oblige à quitter son métier et son atelier pour aller combattre dans l’Est de la France.

A son retour, en 1919, il est élu conseiller municipal socialiste et milite en faveur de l’adhésion à la 3ème Internationale. En décembre 1920, après le congrès de Tours, il devient secrétaire du groupe communiste, puis membre du Conseil Fédéral en 1921.

Parallèlement à cela, il exerce son métier avec passion. Le jour, il fabrique des sabots pour les agriculteurs et les mariniers ; la nuit, il emploie son temps à réaliser de véritables œuvres d’art sculptées dans le bois, des sabots identiques aux plus beaux souliers de cuir travaillé sur lesquels apparaissent tous les détails des dits souliers.

Sa notoriété égale son talent et des personnes n’hésitent pas à venir de loin pour admirer son surprenant chef-d’œuvre, en essayant parfois de lui extirper quelques secrets de fabrication, mais en vain.

Pendant la deuxième guerre mondiale, Simon Jougneau est emprisonné dans un camp à Voves, dans l’Eure-et-Loir. Il doit sa libération à Marcel Plaisant, un de ses anciens camarades d’école.

Il continuera par la suite d’exercer son métier, sabotier d’art, jusqu’en 1967, date à laquelle il accède à une retraite bien méritée.

Tout au long de sa carrière, exemplaire, M. Jougneau n’a fait que confirmer les espoirs de son père en s’exprimant artistiquement et créativement au travers de son métier.

Son tableau d’honneur est impressionnant et éloquent :

– Médaille d’argent à l’exposition d’art technique de 1937 ;
– Mention très bien au concours de Meilleurs Ouvriers de France à l’exposition de Bourges ;
– Diplôme d’honneur, hors concours et félicitations du jury à l’exposition de Vierzon en 1949 ;
– Sacré Meilleur Ouvrier de France avec médaille d’or à l’exposition de Paris en 1949 ;
– Classé hors concours à l’exposition nationale artisanale de Vichy de 1950 ;
– Diplôme d’honneur à l’exposition de Nevers de 1953 ;
– Titulaire de la croix de Chevalier de l’Ordre du Mérite Artisanal ;
– Titulaire de la Croix d’Honneur de l’Education Nationale.

Que rajouter à cela sinon que M. Jougneau a su faire l’alchimie de l’art, de la passion et de la créativité pour aboutir à une œuvre exemplaire et unique dont il a fait don à sa commune, Marseilles-lès-Aubigny

M. Simon Jougneau s’est éteint le 31 juillet 1972 à l’âge de 85 ans en étant toujours membre du Parti Communiste.

Informations recueillies aux Archives Départementales du Cher et tirées des articles de Mrs Pennetier et Bonnet.

La collection de sabots de M. Jougneau est visible au musée de Marseilles-lès-Aubigny, aux heures d’ouverture du secrétariat de Mairie.

 

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